Bilan au 29 Janvier 2017 sur l’échouage de paraffine industrielle de Novembre 2016


Deux mois après l’échouage de trois tonnes de paraffine industrielle entre Berck-sur-mer et Equihen, Sea-Mer Asso fait le point sur la situation et demande aux pouvoirs publics d’intervenir face à cette pollution.


 

RESUME DE LA SITUATION

Rappel des faits.

Le 23 Novembre 2016, les membres de Sea-Mer Asso ont constaté un échouage massif de paraffine industrielle au niveau de l’estuaire de la Canche et sur la plage de Dannes. L’association a immédiatement alerté les services publics concernés puis réalisé une évaluation de la pollution : suite au rejet en mer des résidus de nettoyage des cuves d’un navire-citerne, plus de trois tonnes de paraffine industrielle se sont échouées sur le littoral entre Berck et Equihen lors de la tempête du 20 Novembre 2016. De nombreuses fois sollicitée par la presse, la jeune association s’est efforcée de limiter l’écho médiatique négatif de cette pollution pour la Côte d’Opale et a organisé deux opérations de nettoyage. Aujourd’hui, nous sommes forcés de constater qu’une grande majorité des collectivités locales concernées a préféré minimiser la gravité de cette pollution face aux coûts que le traitement des déchets pourrait entraîner et à cause de leurs manques de moyens techniques, financiers et humains pour le ramassage.

Situation actuelle.

  • Personne ne veut avancer la somme réclamée il y a un mois par Véolia pour effectuer l’analyse du produit qui permettra de proposer une solution de traitement. Il en résulte que la solution de traitement des déchets et surtout son coût sont toujours inconnus pour l’instant.

  • Plusieurs bennes de paraffine attendent dans les locaux des services techniques de certaines communes. A cause du manque de consignes pertinentes, plusieurs dizaines de kilos de paraffine sont peut-être partis en enfouissement sans autorisation.

  • Il reste plus d’une tonne de paraffine sur le littoral. Aucune opération de nettoyage supplémentaire n’est possible tant que les communes ne disposeront pas de solutions techniques et financières pour l’élimination des déchets.

    BILAN

    La composition exacte de la substance est toujours inconnue.

    Les analyses chimiques ont permis d’identifier un produit composé en majorité de paraffines qui ne sont pas toxiques. Les analyses reçues ne précisent pas l’absence de chloroalcanes et nous n’avons aucune information sur la présence potentielle d’Hydrocarbures Aromatiques Polycycliques. Les produits de ce type sont généralement transportés sous forme peu raffinée. Ils contiennent en conséquence de nombreuses substances dont la nature et la toxicité sont inconnues. Des additifs chimiques peuvent également être présents. Ces doutes sur la nature exacte du produit sont confirmés par la méfiance des sociétés de traitements de déchets qui imposent une analyse préalable pour définir le mode de traitement adéquat.

    Personne ne connaît l’impact écologique de ce produit.

    Alors que l’impact écologique des particules de plastique dans les milieux marins et terrestres attire l’attention des médias, des organisations internationales, des scientifiques et du public, aucune étude n’aborde l’impact écologique de la paraffine. Les risques sont sous estimés. L’ingestion de paraffine est pourtant avérée chez les oiseaux marins notamment dans le cas du Fulmar Boréal, indicateur officiel de la qualité du milieu marin, comme le montre cette vidéo du Professeur Franeker. Les problématiques écologiques et économiques liées au transport de paraffine industrielle sont amplement décrites dans ce rapport du Groupe d’Experts en Environnement du Federal Institute for Risk Assessment allemand.

    Il reste encore plus d’une tonne de paraffine sur le littoral.

    Le littoral et le milieu marin font la richesse de notre région. Sur les neuf communes touchées, deux communes ont effectué un nettoyage et deux autres ont bénéficié d’actions bénévoles menées par des associations. Certaines plages polluées sont des sites très touristiques et se trouvent à proximité d’élevages de moules et de zones de pêche. La Réserve Naturelle Nationale de la Baie de Canche est particulièrement touchée. 30 % du littoral du Parc National Marin des Estuaires Picards et de la Mer d’Opale est pollué. A chaque grande marée, les centaines de galettes encore présentes se disséminent plus largement sur littoral, la pollution se diffusant ainsi sur d’autres communes et sur les communes ayant procédé au nettoyage de leurs plages. Les pouvoirs publics ont alerté les communes et rappelé les obligations des élus en la matière.

    Les plages contaminées sont toujours libres d’accès.

    Face à la méconnaissance sur la nature du produit et vues les quantités présentes, nous pensons que le plan Polmar Terre aurait dû être activé en urgence. L’accès aux plages aurait dû être interdit au public dès que la pollution a été constatée et le nettoyage effectué aussi tôt que possible. Aujourd’hui les centaines de galettes encore présentes sur le littoral sont en train d’être piétinées par les usagers de la plage. L’ensablement et le piétinement rendent le nettoyage de plus en plus difficile. La fragmentation des boulettes va rendre la paraffine invisible alors que les quantités seront toujours bien présentes. Cet été les vacanciers viendront étendre leurs serviettes de bain sur des plages polluées et les enfants joueront dans un sable souillé, mélangé à de la paraffine fondue, puante, irritante et probablement toxique.

    CONCLUSION

    «Face à l’ampleur de la pollution et ses futurs impacts négatifs évidents sur l’environnement et l’économie locale, nous demandons à l’Etat d’intervenir en urgence pour permettre aux communes de traiter la pollution au plus tôt. »

    Les dernières photos en date des 17 et 18 Janvier 2017 prises sur les plages entre Berck et Camiers sont disponibles en suivant ce lien. Les membres de l’association Sea-Mer maintiennent leur vigilance et restent à disposition pour tout complément d’information sur le sujet à cette adresse : contact@sea-mer.org.

    RESSOURCES DOCUMENTAIRES

    – L’ingestion de paraffine est avérée chez les oiseaux marins notamment dans le cas du Fulmar Boréal, indicateur officiel de la qualité du milieu marin, comme le montre cette vidéo du Professeur Franeker.

    – La problématique écologique et économique liée au transport de paraffine industrielle est amplement décrite dans ce rapport du Groupe d’Experts en Environnement du Federal Institute for Risk Assessment allemand (en anglais).

    – Le rapport rédigé par l’association sur l’échouage de paraffine constaté au mois de Novembre est disponible sur le site de l’association en suivant ce lien.

    – L’échouage de paraffine industrielle constaté au mois de Novembre est le deuxième de l’année. Lire l’alerte pollution lancée en Août 2016 par l’association. La couleur spécifique de cette paraffine pourrait provenir de la présence importante de HAP.

    EXTRAIT DU COMMUNIQUE DIFFUSE EN NOVEMBRE

    Les échouages de paraffine sont récurrents sur le littoral boulonnais, situé au cœur du détroit du Pas de Calais. La réglementation internationale MARPOL autorise le rejet à la mer des résidus de nettoyage des cuves des navires citernes transportant ce type de produit. Les effets de cette autorisation se manifestent par des échouages de paraffine fraîche et la présence permanente de fragments sur les plages. Les quantités sont importantes et se comptent par dizaines ou centaines de kilos. La rémanence de ce dérivé pétrolier et sa dispersion dans l’environnement marin sont évidentes. Alors que l’impact écologique des particules de plastique dans les milieux marins et terrestres attire l’attention des médias, des organisations internationales, des scientifiques et du public, aucune étude n’aborde l’impact écologique de ce déchet. Les risques sont sous estimés, la substance est odorante et irritante pour les muqueuses. Les effets de l’ingestion par les oiseaux, les mammifères marins ou les poissons ne sont pas recherchés. Tout comme les résidus de nettoyage des cuves des pétroliers, le rejet de paraffine en mer devrait faire l’objet d’une interdiction totale.


http://sea-mer.org – Le 29 Janvier 2017